Practicing Group Work Strategies

Recently Featured: Practice Tips for Group Workers 

NEW! Le groupe d’une seule rencontre en travail social de groupe

Ginette Berteau, travailleuse sociale et professeure associée 
École de travail social, Université du Québec à Montréal (UQAM), Québec, Canada
Rédigé avec la collaboration de Christiane Jalbert, t.s. et de Éric Gascon, t.s., 
Tous membres du chapitre francophone de l’IASWG
Le 23 juillet 2018

 

Le groupe d’une seule rencontre fait partie intégrante de la pratique en travail social de groupe, sans pour autant que cette réalité ne se reflète dans la littérature francophone. Le présent topo a comme objectifs de circonscrire le caractère distinctif de cette pratique de groupe, au regard des contextes d’utilisation, de ses inspirations théoriques et des considérations à prendre en compte lors de la phase préparatoire et de réalisation de la rencontre. 

Le groupe d’une seule rencontre se retrouve dans des contextes variés d’intervention en autre en milieu hospitalier, scolaire, communautaire, de travail, etc...  Il peut s’adapter à un large éventail de situations et de problématiques. Retenons en autre, des situations:

  • de transition tels le contexte migratoire, la parentalité ou encore le passage d’une étape de vie à l’autre ;
  • de santé : prévention, hospitalisation, informations sur les services de santé;
  • de crise ou lors d’un sinistre : crise sociale, fermeture d’entreprise, perte d’emploi, accident de travail ; inondation, incendie, canicule ; postvention : suicide, homicide, tragédie 

Une telle rencontre permet d’apporter une réponse rapide à des besoins d’information, de prévention et d’ajustement à une nouvelle réalité. Elle peut aussi contribuer au repérage des besoins liés à une problématique, à l’identification des personnes nécessitant une attention particulière tout comme elle peut faciliter la collaboration de partenaires face à l’émergence d’une  nouvelle problématique.

1. Une définition en devenir 

Steinberg est un des rares auteurs à définir le groupe d’une seule rencontre. Selon elle, c’est : «un système fermé de 3 à  8 personnes étrangères les unes aux autres se réunissant pour une seule rencontre» (2008 : 206). Toutefois, il est fréquent que les groupes d’une seule rencontre réunissent un public de 20 personnes et plus. De plus, dans certaines situations, les personnes peuvent se connaître (accident de travail, sinistre). Bref, cette définition couvre une partie de la réalité.

2. Inspirations théoriques

  • Retenons que le groupe d’une seule rencontre puise ses principes d’intervention à partir :
  • De l’andragogie : reconnaître et utiliser les compétences et le savoir expérientiel présents dans le groupe
  • Du travail social de groupe : compréhension des phases d’intervention et d’un système d’aide mutuelle de très courte durée (Steinberg, 2008)
  • Des théories sur le groupe : utilisation du processus de groupe
  • De l’intervention en situation de crise et de la résolution de problèmes : utilisation de la crise ou de l’événement pour mobiliser vers un changement.

3. Caractère distinct 

En fonction de ces principes, le groupe d’une seule rencontre mise sur la motivation optimale et spontanée liée à une situation de vie ou un événement. Pour que le travailleur social de groupe puisse canaliser cette motivation initiale en fonction d’objectifs précis, il se doit croire aux compétences et  aux ressources existantes chez les membres et le groupe, favoriser un climat de sécurité et d’harmonie et éveiller aux possibilités d’aide mutuelle de très courte durée. Ces aspects distinctifs exigent une grande structuration durant la phase préparatoire et lors de la réalisation.

4. Le processus d’intervention d’un groupe d’une seule rencontre 

La phase préparatoire d’un groupe d’une rencontre est déterminante pour s’assurer de l’atteinte des objectifs. Une préparation minutieuse s’impose pour contrer les imprévus. Six points doivent être scrutés à la loupe : 

  • Identification de la problématique et des besoins : un clé de succès | Ccirconscrire adéquatement la problématique et mettre à jour les besoins du public-cible servira à déterminer un mandat et des objectifs clairs et aidera à cerner les opportunités à saisir et les défis à relever
  • Appui du contexte organisationnel : un partenariat incontournable | Obtenir le soutien des instances impliquées est essentiel. Les potentialités d’alliance et partenariat, les ressources disponibles de même que les possibilités de réserves et/ou d’embuches doivent être explorées et adressées.
  • Responsabilité en solo ou co-responsabilité du groupe : un choix | Assumer seul la responsabilité de ce groupe exige de se préoccuper de l’ensemble : information circulant autour de celui-ci, mise à jour des besoins, façon de recruter, mode de publicité, concertation avec les personnes-ressources, réalisation et de évaluation Ou Partager la coordination avec un /ou des co-animateurs commande, en plus du point précédent, de s’assurer de la compréhension mutuelle du but du groupe et de sa réalisation et de situer la contribution de chacun à partir de son expertise et de son aisance à intervenir (avant et pendant la rencontre). 
  • Recrutement des participants : un enjeu | S’assurer, de la part des équipes référentes, d’une compréhension univoque du but et des objectifs poursuivis, identifier les barrières potentielles au recrutement (entourage, public-cible et collègues) et déployer des stratégies de promotion multiples avec les équipes référentes s’imposent pour repérer les participants potentiels.
  • Composition du groupe : un défi | Etre conscient que le public d’un groupe d’une seule rencontre risque d’être hétérogène même si tous les participants sont confrontés à une même problématique ou événement. Ceci devrait être une richesse, mais dans ce contexte, cette réalité représente un défi, les participants ayant peu de temps pour apprivoiser leurs différences. Être attentif d’inclure toute personne correspondant aux besoins identifiés et surtout celles qui pourraient en avoir le plus besoin en raison des caractéristiques sociales minoritaires.
  • Planifier la logistique dans tous ses détails: un atout
    • Lieu : local adapté à la situation, signalisation des lieux, si  nécessaire, entente avec l’établissement pour l’accès  et stationnement
    • Durée : temps de la rencontre ajusté aux particularités du public-cible
    • Fréquence : intervalle entre la tenue d’un groupe d’une seule rencontre 
    • Gardiennage ou soutien à la participation (transport, accommodement, etc)
    • Contenu : préparation du contenu et des activités en lien avec les objectifs et planification du déroulement dans les moindres détails. 
    • Matériel : Préparation du matériel nécessaire (porte-nom, photocopies, matériel pour l’animation) 

La phase de la réalisation d’un groupe d’une rencontre se déroule donc à l’intérieur d’un mandat, d’un but et d’objectifs prédéterminés à l’avance. Sa très courte durée impose un encadrement serré de la part du travailleur social de groupe. L’intervention doit être directe, allant droit au but. Par contre, cet encadrement n’empêche pas de faire appel aux compétences des membres et du groupe, de favoriser un climat de sécurité et d’harmonie et d’éveiller aux possibilités d’aide mutuelle de très courte durée. Voici des aspects névralgiques à prendre en compte lors des étapes de réalisation de la rencontre :

  • La syntonisation ou l’accueil : faire preuve de disponibilité  |  Le premier contact avec les participants est déterminant : accueil chaleureux et personnalisé et écoute des messages non-verbaux et verbaux. Il peut y avoir une activité de syntonisation, mais de très courte durée.
  • Le début ou le contrat d’un rencontre unique : une pierre angulaire |  Clarifier le mandat, le but les objectifs est une étape incontournable qui permet de poser le cadre et de créer un climat favorable. Une insistance particulière sera apportée sur ce qui a suscité la création de cette rencontre, la situation commune qui réunit le groupe et sur les résultats attendus. Il est primordial de situer les limites de cette rencontre en mentionnant que ce n’est pas un lieu pour résoudre les problèmes individuels. Il faut cependant assurer au groupe la possibilité de partager sur des préoccupations communes qui sont en lien avec les objectifs poursuivis. Toujours garder en tête qu’il faut être bref et se limiter à nommer dans quelques phrases l’ensemble de ces points. Des supports visuels (tableau, objectifs sur papier, powerpoint) peuvent faciliter la tâche.
    • Expliciter le rôle des intervenants permet de situer le rôle de chacun et de communiquer l’importance de la transparence de ceux-çi durant la rencontre. Il est aussi essentiel d’appuyer sur les fonctions d’information (responsable du contenu) et d’encadrement du processus et des interactions (responsable du déroulement)
    • Établir les normes de fonctionnement c’est-à-dire nommer les normes jugées essentielles pour cette rencontre et surtout nommer la croyance dans les compétences des membres, dans leur savoir expérientiel de même que dans leurs connaissances et les inviter si l’occasion se présente, à les partager avec le groupe favorise la présence d’un climat harmonieux. C’est le moment idéal pour demander aux participants de faire part d’une question importante pour eux  et qui ne semble pas couvert par ce qui est prévu.

Ces façons de faire ouvre la voie au développement d’un système d’aide mutuelle de courte durée et crée un climat d'attention, de considération et de confiance 

  • Le travail sur le contenu ou sur la réalisation des objectifs : la pièce principale | Pour favoriser à la fois l’atteinte des objectifs, miser sur les compétences et les ressources présentes dans le groupe, la collaboration et l’éveil d’une aide mutuelle à très courte durée, trois tâches s’imposent au travailleur social : 

   « Stimuler interactions » : une base pour aller plus loin

  • Rechercher d’éléments communs entre les préoccupations des membres en utilisant des phrases comme : « Y en a t-il d’autres qui…ou y a-t-il d’autres sous-groupes » ou  «  Ce que vous venez de dire ressemble à… »
  • Favoriser  l’interaction entre les membres et le groupe et l’intervenant
  • Mettre en place des activités qui stimulent la participation et font appel aux ressources du groupe sur le sujet (ex. travail en sous-groupe, tempêtes d’idées, etc)
  • Relancer le groupe lorsqu’une question est posée directement à un intervenant 
  • Identifier si les idées, les sentiments émis sont partagés dans le groupe afin que le groupe puisse universaliser, ce qui lui permettra de devenir disponible à votre message.
  • Équilibrer le droit de parole : s’autoriser à recadrer ceux qui parlent trop et encourager ceux qui parlent moins

« Inciter à la réalisation des objectifs du groupe » : l’essentiel

  • Rechercher les informations et expériences déjà disponibles dans le groupe
  • Apporter des informations nouvelles non accessibles au groupe 
  • Rectifier les informations erronées  
  • S’assurer que le contenu est couvert (de façon expérientielle et/ou complété par un exposé)
  • Établir des liens entre les questions et les interactions des participants et les objectifs poursuivis 
  • Sensibiliser au temps 
  • Faire régulièrement des reformulations et des synthèses 
  • Répondre aux questions, sans tomber dans l’exploration de situations singulières

« Inciter le groupe à réagir comme un système d’aide mutuelle de courte durée» : un avant-goût 

  • Inviter les membres à construire sur les idées des uns et des autres
  • Encourager et valoriser le processus de groupe qui est inclusif et qui incite à la collaboration
  • Attirer l'attention sur les différences et fait de la place à ces dernières
  • Engager le groupe comme un tout (nous comme groupe, vous, regard circulaire)

L’évaluation de la rencontre : à ne jamais oublier 

  • Evaluer de manière continue le cheminement du groupe en vérifiant régulièrement si le contenu, le déroulement et le climat conviennent
  • Garder du temps pour que les membres du groupe puissent identifier leur principal apprentissage
  • Discuter des possibilités de transfert dans la vie quotidienne 
  • Évaluer la satisfaction générale; chercher les points de vue sur le déroulement de la rencontre (points forts et points à améliorer).  

 Références 

  • Clemans, E.C. (2004). Recognizing Vicarious Traumatization : A Single Session Group, Model for trauma Workers,  Social Work with Groups, 27, (2/3), 55-74 
  • Ebenstein, H. (1998). Single Session Groups : Issues for Social Workers, Social Work with Groups, 21(1/2), 49-60
  • Keast, K. (2012). A Toolkit for Single Sessions Group in Acute Care Settings, Social Work in Health Care, 51, 710-724 
  • Kosoff, S. (2003). Single Session Groups : Issues for Social Workers, 26(1), pp. 20-45
  • Steinberg, D. (2008). Le travail de groupe axé sur l’aide mutuelle.  Québec : PUL
  • Turcotte, D. et Lindsay, J. (2014). L’intervention sociale auprès des groupes. Montréal : Gaëtan Morin

Recently Featured: Practice Tips for Group Workers 

General Strategies for Group Work 


Process Recordings

  • Graybeal, C. T., & Ruff, E. (1995). Process recording: It's more than you think. Journal of Social Work Education, 31, 169-181.
  • Knauss, L. K. (2006). Ethical issues in recordkeeping in group psychotherapy. International Journal of Group Psychotherapy, 56, 415-430.
  • McGuire, J. M., Graves, S., & Blau, B. (1985). Depth of self-disclosure as a function of assured confidentiality and videotape recording. Journal of Counseling & Development, 64, 259-263.
  • Neuman, K. M., & Friedman, B. D. (1997). Process recordings: Fine-tuning an old instrument. Journal of Social Work Education, 33, 237-243.
  • Northen, H. (2004). Ethics and values in group work. In C. D. Garvin, M. J. Galinsky & P. M. Gutierrez (Eds.), Handbook of social work with groups (pp. 76-89). New York: Guilford.
  • Rapin, L. S. (2004). Guidelines for ethical and legal practice in counseling and psychotherapy groups. In J. DeLucia-Waack, D. Gerrity, C. Kalodner & M. Riva (Eds.), Handbook of group counseling and psychotherapy (pp. 151-165). Thousand Oaks, CA: Sage.
  • Rapin, L. S. (2010). Ethics, best practices, and law in group counseling. In R. K. Conyne (Ed.), The Oxford handbook of group counseling (pp. 61-82). New York: Oxford University Press
  • Schwab, R., & Harris, T. L. (1984). Effects of audio and video recordings on evaluation of counseling interviews. Educational & Psychological Research, 4, p 57-65.
  • Vourlekis, B., Bembry, J., Hall, G., & Rosenblum, P. (1992). Evaluating the interrater reliability of process recordings. Research on Social Work Practice, 2, 198-206.
  • Wilson, S. J. (1980). Recording guidelines for social workers. New York: Free Press.

Youth and Teen